jeudi 3 mars 2011

Moi être une Vahinée.

ça vous le fait pas des fois ? Vous savez, comme dans les films où ça fait peur, quand le méchant avec sa sale gueule immonde et ses poils sur les dents et son haleine fétide et ses cheveux gras vous cherche partout dans l'appartement ou dans la forêt, peu importe, et que vous vous planquez complètement terrorisé derrière un ficus, en priant Dieu auquel vous croyez soudain à mort pour que le méchant ne vous voie pas, vous êtes prêts à tout donner, à renoncer à tout, à vous baigner tous les matins dans une mare à cafards grouillants, à ne plus jamais répondre "dans ton cul" à la question "où es-tu", à vous inscrire à un cours de capoeira du 3ème âge, à vous couper les ongles de pied plus court, bref à tout, pourvu que ça s'arrête, pour ne plus entendre son souffle à travers le trou de la serrure et surtout pour que jamais, grand dieu, jamais, le regard malicieux et furibond de la bête immonde ne se pose soudain sur vous, ça y est, il vous a vu et maintenant c'est trop tard, il n'y a plus qu'à embarquer dans la moulinette, fermer les yeux, retenir son souffle et se laisser broyer.

J'aurai dû lui dire "dans ton cul".

dimanche 27 février 2011

Manifeste du bougonnisme

Je viens de finir l'œuvre magistrale. J'ai posé un point final sur mon manuscrit. Je l'ai fait. Je l'ai fini. And now, what ?


Maintenant, je bougonne. Je prétends que c'est parce que j'ai peur que ça soit le plus mauvais de tous les livres qui n'ont jamais été publiés. Mais en réalité, je crois que c'est parce que je me plais à bougonner quand j'ai rien de mieux à faire. Et qu'écrire un livre était somme toute une activité merveilleusement absorbante. J'aime être absorbée. Sans quoi je bougonne. Qu'on se le dise.


Bougonner, c'est cool aussi parce que c'est corrélé au fait de ne parler que de soi (essayez : si vous vous mettez à penser sincèrement aux autres, à les écouter et à vous préoccupez d'eux, vous ne pourrez instantanément plus bougonner). Si le bougonnage est excessivement désagréable pour l'entourage, on l'aura compris, il est une source d'inspiration inépuisable, et en outre, de mon point de vue, il est à la source de pas mal de génies (déjà cité dans le blog cool : Cioran, Holden Caufield from Salinger, Burroughs...)(que j'ai découvert récemment : BS Johnson, Harvey Pekar) (et que j'aime d'amour depuis toujours : Céline, Louis Ferdinand Céline, oui, lui, et puis d'abord je mettrai que lui dans cette rubrique parce que j'emmerde Frédéric) .

Bref, je suis ravie d'être bougon, car c'est la preuve que je suis géniale.


Alors, certes, sous pas mal d'aspects, être géniale, c'est pas mal. Le problème c'est que c'est vraiment pas cool pour tous les gens qui m'aiment, ce qui représente à peu près le PIB du Botswana (?). Absolument. Reprenons les exemples cités ci-dessus, ce sont quand même des types odieux, avec leur femme pour la plupart (y'en a même un qui a tiré sur la sienne en se prenant pour Guillaume Tell), qui ont une forte tendance à l'autodestruction voire au suicide, qui passent leur temps à trouver honteux que les autres ne les vénèrent pas à la hauteur de leur talent et qui pensent que leurs contemporains sont des sous-merdes gluantes. En résumé, ils regrettent le temps de la cavalerie. Autant dire que ces gens sont infects. Et là du coup, je suis un peu moins emballée à l'idée d'être géniale.

Or, c'est dommage parce qu'être géniale, ça serait cool, ça voudrait dire que quelques personnes (je n'aimerai pas faire l'unanimité)(les grands génies ne font jamais l'unanimité)(d'ailleurs, relisez ce post depuis le début en pensant à Carlos et à sa mère et vous aurez une preuve supplémentaire que le bougonnisme est une réalité) aiment vraiment mon livre et attendent avec impatience le suivant (et qu'en attendant ils m'invitent à boire du champagne)(sempiternellement). Mais est-ce que ça voudrait dire que je suis un monstre et que je mange les enfants tout crus en compagnie de mes amis nazis ? Ou que je me touche avec des lézards amputés ?

Non. Bien sûr. Car dieu merci, à l'inverse : ce n'est pas parce que je mange des lézards que je ponds des chefs d'œuvre (il faudra que je tape cette phrase dans Google pour voir ce que ça ramène...)(une autruche qui court et une affiche "la France pue")(ça se tient). En fait, que je bougonne ou non, ça ne changera rien à ce que j'écris, ni au fait que ça plaise ou non à mes lecteurs, si tant est que je parvienne à en avoir qui n'explose pas en vomis sardoniques avant la fin du premier chapitre (qui fait une demi-page).

Bref. Vous voyez où je veux en venir.

Non ?

(Putain. Mais si personne capte que dalle quand je cause la littérature, je vais faire comment, moi, pour réussir le concours infernal !)(dites-moi pas qu'il va falloir que je bosse et que j'apprenne par coeur les théories des autres !)(dites moi pas ça !) (c'est tellement si cool d'ergoter sur le bougonnisme...). Bon, ben, je vais laisser quelqu'un d'autre le dire de façon plus académique, tas d'idiots. (hihi ! Je bougonne encore !). Le type en question s'appelle Milan Kundera, autant dire que c'est pas un débutant :

"Le romancier démolit la maison de sa vie pour, avec les briques, construire une autre maison : celle de son roman." (et voilà ce que je disais !)(quand on en reste au stade des 3 petits cochons, tout le monde comprend mieux...) "D'où il résulte que les biographes d'un romancier défont ce que le romancier a fait, refont ce qu'il a défait. Leur travail, purement négatif, ne peut éclairer ni la valeur, ni le sens d'un roman; il peut à peine identifier quelques briques. Au moment où Kafka attire plus d'attention que Joseph K., le processus de la mort posthume de Kafka est amorcé."

Et aujourd'hui, alors que tout n'est plus que Voici, Ooops et Closer, autant dire que la littérature prend cher à sa gueule : faut-il ignorer Voyage au bout de la Nuit sous prétexte que son auteur est un connard antisémite ?



L'écrivain, je vous le rappelle, a l'humilité d'annoncer qu'il raconte des histoires. Le lecteur le sait. On en connaît par contre pas mal qui en racontent sans le dire. C'est bien plutôt de ceux-là dont il faudrait se méfier... non ?

"La merde a de l'avenir. Vous verrez qu'un jour on en fera des discours." L.F. Céline

"Sachez avoir tort. Le monde est rempli de gens qui ont raison. C'est pour cela qu'il écœure" L.F. Céline

Putain de merde.

mercredi 9 février 2011

God guard me from those thoughts men think In the mind alone

Il paraît que le silence est d'or, par conséquent le blog cool est devenu un blog plein aux as ces derniers temps. Que voulez-vous ? J'écris un livre, je ne peux pas être au phare et au moulin car sinon tant va la cruche à l'eau qu'elle ne casse pas trois pattes à un canard. Mais en lisant la correspondance de Burroughs (les correspondances, c'est les blog de quand y'avait pas internet)(c'est des genres de post sur papier qu'on adressait à un seul lecteur à la fois), j'ai eu envie de sacrifier quelques heures de travail sur mon chef d'œuvre pour revenir vous divertir, pauvres lecteurs fictifs qui erraient dans votre vide existentiel si je ne suis pas là pour vous en extirper (j'aime bien être dieu).


Je vous balancerai des citations de ce bon vieux Will en fin de post pour ne pas déroger à l'exigence littéraire du blog cool, mais dans l'immédiat, il me semble primordial de vous raconter ma vie. Qui n'est pas loin d'approcher le néant de la vôtre. Nez-en-moins, on ne s'emmerde pas dans les trous noirs, y'a qu'à voir Ulysse 31.



Par exemple, je visite le ghetto avec Mousse et Tacos. On écoute du rap dans les arrêts de bus et on cherche des PSP 3 pas chère, on aimerait bien aussi t'emprunter ton scooter pour faire un tour et un jour, on fera du karting. Et du free fight. Je m'intègre bien excepté au test du tacos : ketchup-mayo-sauce gruyère, il pesait autant que mon dictionnaire. Bilan : je n'ai pas pu le finir et un troupeau d'alien a joué de la batucada dans mes tripes pendant 24 heures.



Sinon on se bidonne bien avec mes potes fous.



Les week-ent, je suis aller dans les Calanques, c'était merveilleux, il y avait des types en string fluo qui suçait des Mister Freeze, des chiens qui projetaient des gerbes scintillantes de gras de canard, un gitan qui pleurait à chaudes larmes depuis 36 ans, une amazone qui se faisait draguer par un marin d'eau douce, j'en ai vomis de bonheur (je vis ma vie avec mes tripes, moi, monsieur).


Et puis, la famille s'est agrandie à la maison. Il y avait déjà Barracuda, c'est mon petit dernier (il mesure 2 mètres, il pèse 150 kg, et quand il rentre dans une pièce, il mugit)(Coloc, si tu lis ce passage, tu me tapes pas, hein ?)(en réalité, c'est une petite abeille toute gracile qui bourdonne gaiement toute la journée)(aïe ! tape pas, je te dis ! c'est bon. Je vais les repasser, tes caleçons...). Et bien maintenant le Fion nous a rejoint vaillamment avec tous ses beaux meubles, ses belles plantes, sa chatte (qu'elle a appelé Simone)(c'est une petite chatte très vigoureuse). Nous avons passé notre premier week-end en famille, c'était très champêtre : nous avons reçu la visite du Zappatiste, nous avons fait des crêpes, nous avons joué aux cartes, nous sommes allés faire une promenade au bord du rhône, nous avons fait le marché et nous avons regardé des films en s'esclaffant. Tout n'était que joie, bonheur, poésie, fleurs, kitchen and passion (avec Jenny Le Gigot dans le rôle principal)(ainsi que des daims qui mangent de la barbapapa à longueur de journée).

(photo de famille)(Jenny est dans le sac à pyjama)

Je citerai Burroughs une autre fois, il est défoncé et il m'attend sous ma couette pour me parler de la culture des carottes au Texas (il projette de faire l'acquisition d'un furet pour lutter contre une invasion de tarentules) (il a été aussi question de homme-homard qui lèche des boîtes aux lettres) (mais je sens que vous commencez à me soupçonner de ne pas me contenter de soupes aux poireaux) (c'est faux).

(Come on, Willy !) (Let's fly over this crap !)

mercredi 12 janvier 2011

Don't let me be misunderstood

Bon, bon, oui, je sais, ces derniers post, j'ai passé mon temps à ergoter sur la vie et les livres, c'est vraiment trop bien, mais le racisme et l'injustice, c'est vraiment trop méchant. Cool-less attitude blog, sorry folks... Mais c'était juste pour fêter le 100ème post, le passage à l'an 2011, les fleurs, la poésie et le sourire d'un enfant !



A la demande générale (rangez les banderoles, les gars, et montez boire un coup)(je viens de mijoter ma première soupe provençale)(mettons du soleil dans nos assiettes et... ok, ok, j'arrête), je vais revenir à l'essence même du blog : raconter sa vie.


Le problème, c'est que ma vie est remplie de travail acharné à mon bureau pour tenter de pondre le futur Goncourt qui provoquera les délires d'une foule assoiffée de mes mots. Pas évident. Il m'arrive parfois de sortir de ma tanière pour refaire le plein de roquettes, de balsamique et de gingembre (cherchez pas, même dans Breaking Bads, ils ne connaissent pas la recette). Je sors aussi pour aller jouer au taré avec les fous (je ne peux pas vous en dire plus car ceci fera probablement l'objet de mon prochain livre)(celui qui remportera le prix Nobel)(étape préalable à mon intronisation en temps que maître de l'univers).


Mais vraiment, je vous jure, je n'ai jamais eu une vie aussi calme que présentement. Certes, j'ai dansé du raï avec Gérard Lenorman au Fennec samedi. J'ai bu un verre avec un congolais dans un bar camerounais hier afin qu'il m'explique comment obtenir la nationalité française en 2006 (il faut dire qu'on a fait la guerre)(prétendre que les enfants de ton frère sont les tiens)(commander un faux acte de naissance vers Château Rouge)(la suite logique, si j'ai bien compris, c'est d'épouser une française pour la ramener au pays)(et lui faire 42 enfants)(après je sais pas, je suis partie). Mais il faut bien reconnaître que ma vie sociale était bien plus palpitante dans la capitale.
C'est d'ailleurs la raison pour laquelle j'en suis partie.


ça me permet de pouvoir me plaindre maintenant.
J'ai enfin le temps de penser que j'ai 35 ans et que je vais bientôt mourir. Seule. Perdue au fin fond de mon palais de maître du monde.
Mais c'est un choix. C'est Julia Roberts qui l'a dit dans ce film où elle joue la divorcée qui en a plus rien à foutre de s'empiffrer de spaghetti, même si elle est obligée de passer de la taille 34 à la taille 36, et ben elle s'en fout, elle rachète des jeans et elle bouffe des asperges au petit déjeûner, assise par terre au milieu du salon en lisant le journal (un peu comme Carla Bruni sur sa pochette d'album où elle lit à genoux au milieu du salon, elle aussi)(ça doit être un truc de femme épanouie et indépendante)(celles qui lisent assise sur un canapé ou dans leur lit ne sont que de misérables mollusques sans l'ombre d'un avenir).
Oui. Car après de longues journées destinées à rédiger le manuel qui guidera les foules vers le bien-être intérieur éternel (c'est un roman qui vous aidera à prendre votre intestin grêle pour un spa de luxe), je n'aspire qu'à regarder des séries et des films qui font renaître en moi la Barbara Cartland que j'ai toujours été.


C'est à ce moment précis que je suis saisie d'effroi : sans me vanter, je viens de réaliser à quel point je suis alanguie.
Si je comptais toutes les heures que j'ai passées à écouter la radio (quand j'étais jeune), à regarder la télé, des films, des séries, à dormir, à boire des bières et fumer des clopes en ergotant avec les amis, à dormir et à... ne strictement rien faire (je suis championne de l'univers des yeux dans le vague), je ne pourrai que constater qu'il ne me reste qu'assez peu de temps pour tenter de provoquer l'admiration de quelqu'un d'autre que de mon pingouin en peluche (qui est néanmoins quelqu'un d'important)(il sait jouer We wish you a merry christmas, avec son aileron gauche). Vous comprendrez par conséquent que je ne peux tout de même pas, en plus, passer ma journée à vous distraire. Pourquoi ferais-je une chose pareille ???

mercredi 5 janvier 2011

De la censure et des putains (bonne année)

Quand la censure se maquille en choeur des Vierges pour interdire le mauvais art corrupteur de la jeunesse (qui est la seule corruptible, c'est bien connu), il est bon de rappeler que comme les autres, la censure ne sort de son lit qu'à condition d'être bien certaine qu'on parle d'elle. Toute oeuvre délictueuse qui n'aurait pas fait l'effort de parvenir jusqu'à ses chastes oreilles ne méritent donc pas de subir ses foudres, ce qui annihile tout de même en partie, vous en conviendrez, la portée de son idéologie d'apparat.


Il faudrait qu'on m'explique concernant ces livres que l'on interdit, ces expositions dont on limite l'accès, où est le véritable danger. Je veux dire : a-t-on un seul exemple de crimes, de guerres, de dictatures, de tortures organisés suite à la lecture d'un livre ou à la vision d'une exposition ou d'un film ? (que les spécialistes m'arrêtent mais je ne pense pas que la publication de Mein Kampf ait été le phénomène déclencheur de la montée du nazisme) (car, au cas où je ne serai pas claire, amis lecteurs fictifs, je suis résolument contre toute censure, même celle-là)

Car au fond, la censure protège qui ? Et de quoi ? Tout ceci est infiniment confus pour moi.


Prenons cette question qui me taraude et qui, allez savoir pourquoi, me semble fondamentale (amis lecteurs fictifs, j'en appelle à vos éclaircissements !) : pourquoi le cul, les films soi-disant X, les scènes de nus, les photos de Larry Clark, etc... sont si souvent victimes de la censure, alors que les scènes de violences, tortures, coupage de membres, égorgements, exécutions (j'en passe, j'ai l'embarras du choix) s'étalent dans quasiment tous les films, tous les livres et toutes les presses ?
Sincèrement, je suis nettement plus choquée par l'affiche des films Saw ou les gros titres du magazine Détective que par n'importe quelle scène de cul. Il n'est pas plus âme sensible aux images que moi. La censure prétend donc me protéger. Or, il me faut me débrouiller avec ces images violentes (et ça va, ne vous inquiétez pas, je survis...). Bref, il me semble évident qu'elle poursuit un autre but que la protection de ma sensibilité. Mais lequel ?


J'ai été heureuse de constater que Nicolas Fernandez de Moratin dans "l'art des putains" (18ème siècle) se joint à mon cri interrogateur, dans un style par ailleurs devant lequel je m'incline :

"C'est par convenance que nous gardons le silence sur ce que nous faisons. On verra une femme mariée proférer mille impiétés plutôt que d'avouer ce qu'elle fait le plus et lui plaît avant tout. Une dame honnête ne juge pas droit en croyant que demeurant froide, tout lui est dès lors permis. Les hommes, de leur côté, ne pensent pas de meilleure façon : on en verra beaucoup se flatter sans vergogne de tuer (l'horrible chose !), et manquer d'audace pour avouer qu'ils ont engendré. On n'a guère trouvé qu'une seule et même manière de faire les hommes. Mais, pour les défaire, combien de tours la mort n'a-t-elle pas inventés ! L'instrument qui les tue d'un coup fort est arboré tel un blason que l'on pend au côté, cependant que l'on dissimule et déshonore l'autre qui les fait. Les hommes, dans leur iniquité, couvrent de laurier celui qui tue un million de ses frères et vilipendent l'amant des femmes. Le grand Moctezuma, qui sut jouir, au creux des hamacs, des formes ravissantes de trois milliers d'entre elles, n'est-il meilleur sinon moins méchant que le sauvage Skanderberg qui tua trois milliers d'entre eux de son terrifiant yatagan ?"


C'est beau, non ?

vendredi 24 décembre 2010

Avec ou sans ?



Oui, je sais, ça manque cruellement d'originalité. Et après.
Un Noël en famille, y'a rien de plus banal.
Encore que ça dépend pour qui.
Et puis faudrait voir à pas confondre banal et fade.
Banal is cool.

mardi 14 décembre 2010

So come on in, it ain't no sin, take off your skin.

Alors attention, ce post est une nouvelle tentative. Nous sommes toujours prêts à de nouvelles aventures sur le blog cool et celle-ci n'est pas des moindres. Nous allons ergoter ensemble sur des sujets très sérieux issus d'un livre qui ne l'est pas moins. Et qui plus est, que je n'ai pas fini de lire. Je ne me tiens cependant plus d'impatience de vous le faire découvrir, chers amis lecteurs fictifs. Il s'agit d'un bouquin intitulé L'Atlantique Noir, Modernité et Double Conscience de Paul Gilroy. Rien que ça. Le chômage aidant, n'ayons plus peur de l'intelligence, à moins que ça ne soit que de l'intellectualisme. Et alors ?



Pour tout vous dire, il raconte tellement de trucs avec des tas de mots compliqués que je me refuse à les résumer. Mais comme à mon habitude, je citerai car un auteur n'est jamais mieux servi que par lui-même (et par ses lecteurs). Et pour aller encore plus loin (je vous l'ai dit, c'est post de malade), je vais faire de la méta-citation, soit Gilroy citant Du Bois (sociologue, éditeur et poète africain-américain des années 70) :

"Le Noir américain sait cela : son combat ici est un combat à mort. Soit il l'emporte, soit il mourra. S'il l'emporte, ce ne sera pas par un subterfuge ou par la dérobade de l'amalgame. Il entrera dans la civilisation moderne, ici, en Amérique, en tant qu'homme noir selon une égalité parfaite et sans limites avec n'importe quel homme blanc, ou il n'y entrera pas. Soit l'extermination totale, soit l'égalité absolue. Il ne peut y avoir de compromis. C'est la dernière grande bataille de l'Occident."
Et Gilroy de rajouter (nous avons débattu longuement hier sous ma couette) : "... l'expérience de la traite et de la plantation, était un élément légitime de l'histoire morale de l'Occident dans son ensemble. Ce n'était pas des évènements uniques -des épisodes isolés de l'histoire d'une minorité- qui pouvaient être compris à travers leur impact exclusif sur les Noirs eux-mêmes, pas plus que des aberrations par rapport à l'esprit de la culture moderne vouées à être dépassées par le progrès inexorable vers une utopie laïque et rationnelle. La persistance du racisme a démenti ce verdict... En d'autres termes, la critique de l'idéologie bourgeoise et la réalisation du projet des Lumières sous la bannière de l'émancipation de la classe ouvrière doivent être complétées par un autre combat - dont l'objet sera de formuler une critique rédemptrice du présent à la lumière de la mémoire du passé esclavagiste."



Personnellement, cette idée m'a mis en transe, parce qu'on peut aussi remplacer esclavagisme par colonisation et comprendre que l'immigration n'est pas un problème annexe, celui des immigrés, mais un développement logique de notre société du progrès économique, démocratique, blanche. Et qu'en tant que développement logique, il ne se résoudra pas avec le progrès tel qu'on le soit, il continuera.
Et avant aussi, il rappelle l'histoire d'Hegel ("qui situe à raison l'esclavage à l'origine de la société moderne"), mais si, vous savez, les deux types qui se battent, y'en a un plus fort et un plus faible et le faible se soumet au fort pour pas mourir. Et si si, figurez-vous que c'est ce genre d'idée qui fonde la légitimité de nos états. Et bien des types qui ont été esclaves mais qui ont pu écrire des livres par la suite, notamment un certain Douglass, explique que pour lui, c'est une expérience inverse. Il s'est rebellé contre son maître qui était vraiment cruel, ils se sont battus, Douglass ne voulait tellement plus être esclave qu'il était prêt à mourir plutôt que de se rendre. Le maître a fini par le laisser partir. Mais plein d'esclaves ont préféré mourir, et même des mères ont préféré tuer leurs enfants plutôt que de les laisser vivre en esclave. Gilroy de rajouter avec véhémence (il a failli renverser ma tisane) : "Chez Douglass, c'est l'esclave et non le maître qui émerge en possession d'une conscience existant pour elle-même (je préfère mourir), tandis que le maître apparaît comme le représentant d'une conscience réprimée à l'intérieur d'elle-même (je suis le maître, l'esclave doit se soumettre)".



Bon, je m'emballe et s'il a fallu tout un bouquin pour expliquer tous ces trucs, c'est probablement parce qu'en un post, c'est pas tout à fait possible. Mais j'aime bien les bouquins qui font du rubicube avec mon cerveau et qui m'élargisse le coeur, surtout que là, je commence le chapitre sur l'histoire de la musique, dans une culture où l'art pré-existe et sous-tend toutes les autres questions, où non, ce n'est pas un luxe qui vient après avoir bien travailler pour pouvoir payer son loyer, mais un langage fondamental pour savoir qui on est et qui on est avec les autres. Que Descartes aille se faire foutre, je rêve ? Je chante ? Donc je suis.

(Un instant, je vous prie, je me ressers une tisane)

Ah oui, et aussi dans l'introduction, il nous parle des pirates, à l'origine et même ensuite, il y avait beaucoup de Noirs, n'en déplaise à Johnny Depp. Alors on en reparlera quand il s'agira que je vous fasse un petit topo sur les pirates des mers et de l'informatique...

Bref, mes amis, il est temps de partir à l'assaut des vaisseaux du progrès et de la raison, il y a mieux, il y a plus grand ! A coeur vaillant rien d'impossible ! Osons les couleurs chamarrées de l'inconnu ! Laissons nous enfin prendre par tous ces inconnus que nous n'avons peut être pas fait venir jusqu'ici que pour ramasser nos poubelles...