vendredi 4 avril 2014

"Ce à quoi Billy Pélerin ne pouvait rien couvrait entre autres, le passé, le présent et le futur"

Pour une fois, je vais tenir ma promesse du post précédent et je vais vraiment vous parler de Kurt Vonnegut, qui est un auteur rigolo avec une moustache.

(quel filou !)


Je n'ai lu qu'Abattoir 5 (ou la croisade des enfants), pour le moment, mais je sens bien qu'il n'en a pas fini avec moi, alors on y reviendra sans doute.

Pour celui-ci, ça raconte l'histoire de Billy Pélerin (Pilgrim, en anglais, c'est important, mais vous saurez pourquoi à la fin de ce post)(on sent que je commence à maîtriser les techniques narratives). Dans la vie de Billy, il se passe tout un tas de trucs comme dans toutes les vies, mais il y a tout de même deux évènements majeurs : sa présence lors du bombardement de Dresde à la fin de la Seconde Guerre Mondiale, même que c'était une sacrée boucherie, et sa rencontre avec les Tralfamadoriens, des habitants d'une autre planète qui ressemblent à des spaghettis avec une petite main en guise de tête (et de main) et un oeil dans la paume. Ils sont verts comme de bien entendu et malins comme des singes, probablement un peu plus, je ne m'y connais pas en singe mais ils savent tout un tas de trucs, comme nous le raconte Billy :
"Ce que j'ai appris de plus important à Tralfamadore c'est qu'une personne qui meurt semble seulement mourir. Elle continue de vivre dans le passé et il est totalement ridicule de pleurer à son enterrement. Le passé, le présent, le futur ont toujours existé, se perpétueront à jamais. Les Tralfamadoriens sont capables d'embrasser d'un coup d'oeil les différentes époques, de la façon dont nous pouvons englober du regard la chaïne des Rocheuses, par exemple. Ils discernent la permanence des instants et peuvent s'attacher à chacun de ceux qui les intéressent. (...) Un Tralfamadoriens, en présence d'un cadavre, se contente de penser que le mort est pour l'heure en mauvais état, mais que le même individu se porte fort bien à de nombreuses autres époques." Voilà pourquoi ça peut constituer un évènement sacrément important dans une vie de croiser ces spaghettis verts, ça détend. Ce qui est chouette, c'est que du coup Kurt, il s'autorise à ballader Billy et son lecteur, où il veut et quand il veut dans le temps, ça détend.

Mais, comme je vous le disais, il y a eu la guerre aussi, et comme tous les sujets qui laissent sans voix ("cui cui"), on a besoin d'en parler : "Les Allemands et les chiens étaient engagés dans une opération militaire qui porte un nom aussi amusant qu'éloquent, une de ces aventures humaines qu'on décrit rarement en détail et dont la mention seule, aux informations ou sous la plume d'un historien, procure à de nombreux fervents de la guerre une espèce de satisfaction post-coïtale. C'est, dans l'imagination des mordus de la bagarre, le jeu amoureux exquisément nonchalant qui succède à l'orgasme de la victoire. En d'autres termes, "le nettoyage"". Bon, à ce stade-là, moi, j'ai rien à ajouter, je saisi juste Kurt par ses moustaches et je lui fais des bisous. Après tout, quand c'est si bien et justement écrit, le plus bel hommage est de fermer sa gueule. Et de faire des bisous.

Continuons donc à lui lécher les moustaches : "[Juderose] [(c'est le pote d'asile psychiatrique de Billy)] a dit que tous les fruits de l'expérience humaine étaient contenus dans les Frères Karamazov de Dostoïevski. "Mais de nos jours, ça ne suffit plus", a-t-il ajouté. Billy a eu également l'occasion d'entendre Juderose avertir un psychiatre :"J'ai l'impression qu'il va falloir que votre corporation invente une série de mensonges inédits et merveilleux, ou les gens vont simplement renoncer à vivre."" Slurp !

Il faudra que vous lisiez le livre pour savoir comment il arrive à cette conclusion : "Mais en fait le message des Evangiles est celui-ci : Avant de tuer qui que ce soit, assurez-vous bien qu'il n'a pas de hautes relations." Je vous promets que c'est parfaitement argumenté.
D'ailleurs, lecteur fictif, si tu as à ce stade, envie de lire ce livre, arrête tout de suite de lire le blog et cours, cours jusqu'à perdre haleine et va le retrouver.

La suite de ce post m'est égoïstement destinée, je ne veux pas oublier qu'un jour, j'ai lu ça et que ça m'a gonflé le coeur (de tristesse, de soulagement -je me disais bien aussi- et puis enfin d'espoir, quand même un peu, car si on peut l'écrire, alors c'est qu'on peut y faire quelque chose... non ?...)(et il est probable que toutes ces heures que je passe en ce moment dans ces tours de la Défense à l'intérieur desquelles des micro-sociétés aux fonctionnements absurdes font mine de t'expliquer qui tu devrais être contribue à l'émotion que j'éprouve en lisant ces lignes. La vie est spongieuse, isn't it ?) : "L'Amérique est la plus riche nation du monde, mais ces citoyens sont souvent pauvres et quand ils le sont, on pousse chacun d'eux à se haïr. [...] En fait, c'est bien un crime [...] d'être démuni [...]. [...] la tradition populaire cite des exemples d'hommes besogneux mais remplis de sagesse et par là plus estimable que quiconque possède or et grandeur. Les gueux du Nouveau Monde n'ont pas de telles légendes. Ils se rabaissent et glorifient leurs supérieurs dans l'ordre social." (j'ai pas mal découpé ce passage mais c'est parce que Kurt, il voit ça comme une spécificité des Etats Unis, alors que force est de constater aujourd'hui que ça se répand dans le monde telle la peste bubonique)(et aussi parce que je fais ce que je veux avec le blog).
Ca se poursuit logiquement, et puis soudain, on en est là : "Au fil de l'histoire, toute armée, prospère ou non, s'est attachée à habiller ses hommes, même de rang modeste, de façon à ce qu'ils considèrent et soient considérés experts de haute volée en ripailles, copulation, pillage et trucidage. L'armée américaine, cependant, envoie ses recrues au combat et à la mort dans une version revue et corrigée du complet-veston, de taille régulièrement inadéquate, tas de hordes désinfectées mais non repassées qu'une oeuvre charitable hautaine distribue aux ivrognes des taudis. Quand un fringant officier s'adresse à un pauvre type si mal fagoté c'est pour le réprimander comme il se doit. Mais le mépris dont fait preuve le gradé n'a rien à voir avec les conventions paternalistes qui règnent dans les autres armées. C'est une pure expression de haine envers les pauvres qui sont seuls responsables de leur triste sort. Un dirigeant de prison mis en présence de détenus américains pour la première fois doit être averti : il ne lui faut s'attendre à aucune fraternité, même entre frères. Il n'existe nul sens de la solidarité. Chacun agit en enfant boudeur qui bien souvent se voudrait mort." Va prendre le métro maintenant.


En fait, c'est le seul reproche que je ferai à Kurt : il est très américanocentré et il voit le reste du monde comme une entité homogène qu'il idéalise un tantinet mais il a de telle fulgurance de lucidité que je lui pardonne (je suis très magnanime avec les gens que j'embrasse).

Et enfin, car on ne le rappelle jamais assez, c'est si pernicieux (et parce qu'on en profite pour apprendre un joli nom de maladie mentale) : "L'écholalie est un désordre mental dans lequel le sujet répète immédiatement les mots que les bien-portants profèrent autour de lui. Billy n'en souffrait pas vraiment. Rumford le prétendait dans le but d'assurer sa propre paix d'esprit. Rumford raisonnait selon les normes militaires : un gêneur, dont il aurait bien aimé se débarrasser pour des raisons d'ordre pratique, était atteint d'une infirmité choquante." Je me demande au passage si le blog ne souffre pas depuis quelques post d'un genre d'écholalie littéraire...

Ah ! Une insulte cool en conclusion (ça devrait plus souvent servir à ça, la littérature, inventer des insultes cools) : "Va-t-en enculer la lune !", en anglais, ça sonne excessivement cool : "Go and fuck the moon !"


J'ai failli oublier : Pilgrim. Parce que c'est le titre du bouquin que je suis en train de lire, de Thimothy Findley et que si c'est par hasard que je les ai enchaînés, ce n'est apparemment pas par hasard que les 2 héros de ces 2 livres portent le même nom, ce qui constitue un drôle de hasard (oui ? non ?)

vendredi 28 mars 2014

Guerre et Guerre

J'avoue que là, au niveau du titre déjà, j'étais conquise. Reste à vous donner le nom de l'auteur, ce qui va me bouffer 2 mn 30 de mon insignifiante vie, voyez plutôt : Laszlo Krasznahorkai. Et je m'excuse auprès des Hongrois de ne pas respecter les accents mais force est de constater que votre langue aux sombres origines me fascinent et si en plus, vous nous catapultez des auteurs pareils, pas étonnant que j'ai envie de vous faire des bisous.

Alors bien sûr, je pourrai vous résumer l'histoire de Korim (un type chauve à grandes oreilles et en manteau élimé, pas de quoi enlever son slip) qui veut aller à New york pour copier un manuscrit sur l'Internet avant de mourir. Donc, voilà, bien sûr, je vous ai résumé l'histoire mais c'est ça qui est cool, c'est que j'ai rien dit du tout quand j'ai dit ça, que quoi qu'on dise, on ne dit rien de ce livre, tout ce qu'on peut faire, c'est le lire.

C'est l'histoire d'un archiviste qui "... se contentait de maintenir l'Histoire en vie, pourrait-on dire, mais s'il passait toujours à côté de la vérité, le fait d'en être conscient lui apporta une assurance totale, une sérénité, une stabilité, voire même , dans un certain sens, une forme d'invulnérabilité, c'était comme si, après avoir reconnu que son travail était inutile puisque dénué de sens, ce manque d'intérêt et de sens recelait une mystérieuse et incomparable douceur..." (je penserai à ça la prochaine fois devant mon tableur Excel)(et j'expliquerai ça aussi à mon entretien d'évaluation tiens...)

Je suis obligée de découper des bouts de phrase parce qu'elles ne s'arrêtent plus. C'est comme Korim qui n'arrête pas de parler, parler, parler à tous ceux qu'ils rencontrent et on sent bien que vraiment on est content de ne pas l'avoir croisé parce que c'est un sacré pot de colle, comme je vous le disais, ce type est juste fait pour être lu, il a l'air de s'en douter à sa manière, remarque. C'est comme le pote à Violette Leduc qui n'en pouvait plus de l'entendre chouiner sur son enfance malheureuse et qui l'a envoyée dans les bois avec un cahier et un stylo, d'une pierre deux coups : une écrivaine et la paix. Il faudrait que je pense à trop parler de moi tout le temps peut-être...

Gloablement, Korim, il a soûlé tous les gens qu'il a croisés, sauf une bombasse hôtesse de l'air qu'il a rencontrée dans une agence de voyage :

"...bref, l'association de cette beauté royale portée avec modestie et de ce clochard dégénéré perturbait gravement la vie de cette agence, allant même jusqu'à provoquer peu à peu un scandale..."

Et c'est vrai quand on y réfléchit, qu'on a tendance à être choqué quand une belle personne en fréquente une répugnante, et que une fois qu'on le lit, on se dit que c'est con. Et non, ça n'a rien à voir avec la Belle et le Clochard, parce qu'ils ont fait exprès en choisissant le chien qui joue le clochard, de le prendre avec une belle gueule. C'est pareil pour la Belle et la Bête. Ils y arrivent pas les types à vraiment laisser une belle s'éprendre d'un répugnant, ça a l'air de toucher à un truc rudement tabou pour eux (pour tout le monde certainement). Blier, il y est parvenu maintenant que j'y pense, dans les Valseuses, dans Trop Belle pour Toi, dans quasiment tous, il y a de ça... Il en fallait un sacré de sale gosse pour oser ça, il doit y en avoir plein d'autres en vrai, je vais y réfléchir, tiens...

Et puis, il y a ce passage, que je pourrai me réciter comme un mantra, jusqu'à le sortir complètement de son contexte, juste parce que j'ai l'image en tête et quelque chose en plus qui me donne des frissons tellement c'est beau comme le passage préféré de sa chanson préférée qui fait le même effet à chaque fois qu'on l'entend :

"...ils quittèrent la folle circulation de la Twelth Avenue, s'élancèrent joyeusement sur West Side Elevated Highway, rirent, rirent à gorge déployée un bon moment dans la cabine du chauffeur, après quoi ils se mirent à regarder autour d'eux, les yeux brillants et la bouche ouverte, éblouis par le tourbillon des phares, les mains posées sur les genoux, trois paires de mains aux doigts déformés à force de charger et décharger, trois paires de mains posées sur les genoux, et une quatrième, celle de Vasile, occupée à tourner le volant à droite, à gauche, alors qu'ils s'enfonçaient dans le coeur de cette ville inconnue, terrifiante, figée dans l'espérance."

Et parfois Korim s'arrête de parler et réfléchit et sort des trucs comme ça : "Il existe une relation forte entre les choses proches, une relation faible entre les choses distantes, et entre les choses très éloignées, il n'y a plus aucune relation, et là, on touche au divin, dit Korim..." où tu te dis, ça a l'air de sonner juste, mais je suis pas sûre de bien saisir ce qu'il veut dire alors je vais le noter dans le blog pour quand je serai assez grande pour le comprendre.

Enfin, bien sûr, tu me connais maintenant, on ne pouvait pas s'en sortir sans parler de la mort, sans quoi à quoi bon les mots ? Et voilà ce qu'il en dit Korim : "Quand nous mourons, la mécanique continue de fonctionner, et c'est ce qui, pour les hommes est le plus terrible, fit Korim, interrompant le fil de son récit, et il baissa la tête, s'évada un instant dans ses pensées, puis son visage se crispa de douleur, et il se mit lentement à faire des mouvements de rotation de la tête en disant : alors que le fait même que cela continue de fonctionner prouve qu'il n'y a pas de mécanique."

Ce qui est une très belle transition vers Kurt Konnegut que nous aborderons lors de notre prochaine entrevue. Une toute belle journée à toi, lecteur fictif !

jeudi 13 février 2014

Inception

Cher lecteur fictif,

J'ai envie de te parler d'écriture. Ecriture, je te chérie. Ecriture, tu me casses l'ovaire (et ce, plus d'une fois par mois, tu devrais prendre exemple sur mes hormones et calmer tes ardeurs).

Au début, je veux dire, quand je me suis mise à écrire vraiment "sérieusement" (régulièrement, en réalité)(ce 'sérieusement' renferme tout mon trauma)(y'a qu'à voir le début de ce blog pour constater toute la joie, l'enthousiasme, la naïveté et les maladresses du néophyte)(Ecriture, tu me files un coup de vieux)(quoique, si tu suis le rythme de mes hormones viendra un jour où tu me foutras définitivement la paix).
Je te concède que ce n'est pas totalement de ta faute. L'origine du mal, c'est qu'on m'a encouragée. A continuer à travailler. A atteindre un but. Et le but, c'est quand même un problème. Parce qu'il y a quelque chose qui rend un peu fou là-dedans. Parce que mon but à moi, c'était d'écrire. Yaka. Mais si on te dit que c'est bien, qu'il ne faut pas s'arrêter (ça tombe bien, c'est ce que tu voulais entendre)(and my dreams come ALMOST true !) alors le but est devenu d'être lu. Lecture, vieille pute, j'aurais jamais cru que tu me jouerais un tour pareil. Tu as toujours été la plus fiable, la source de plaisir intarrissable, la certitude de ne jamais être déçue ni lassée (un livre que je n'aime pas ne me déçoit pas, il m'interroge et puis il y a l'excitation du suivant et puis plus ça va et plus je devine ce qui va me plaire et surtout me surprendre).
Alors quand il a fallu se demander comment écrire pour être lue, là, on a arrêté de rigoler. Comme je révisais pour le concours de prof de français au même moment, on ne rigolait même plus du tout (enfin si, quand même, sinon autant aller boire des bières). Mais quand même, c'était moins drôle. Parce que il y a eut cette terrible question "Quelle littérature je défends, quelle est ma vision du monde, qu'est ce que j'ai à dire, comment le dire ?"

What the fuck ?

Je ne m'étais jamais, grands dieux, jamais posé des questions pareilles ! Je voulais juste écrire, moi, pas être le roi du monde, je voulais justement l'éviter, le monde. Je ne pensais pas qu'il fallait être ambitieux et, à nouveau, se demander ce que je foutais là.
Et pourtant, pas de doute, j'ai des choses à dire. Et pourtant, pas de doute, j'aime (=je rêve d'être ?) les auteurs qui ont une manière tellement à eux de le dire. Mais j'ai un souci d'ambition. J'ai un conflit de l'effort. J'ai une névrose du but. Et j'aime pas, mais alors pas du tout que ce qui m'angoisse le plus vienne soudain interférer avec ce que j'aime le plus.
Je ne vais pas te mentir, lecteur fictif, mais quand je suis au boulot et que je vais traîner sur le Los Angeles Review of Books et que je lis ça : "Trop de gens écrivent parce qu'ils n'ont pas la force de caractère de ne pas le faire" (Karl Kraus) pour ensuite revenir sur mon tableau Excel de comparaison des montants de CRGS sur les rentes de retraite, j'ai les yeux qui piquent et le coeur qui palpitent dans le mauvais sens.
Parce que ça demande un effort constant, une volonté inébranlable à la limite de l'absurde de vouloir écrire pour être publié et si ça paraît cool d'être Bruce Willis dans '58 minutes pour vivre' au cinéma, dans la vie, c'est beaucoup moins gratifiant d'avoir 58 minutes pour écrire par jour. Je sauve le monde tous les jours et le monde s'en fout !?!! C'est pas très gentil (Va t'en, Freud, je te cause pas).

Pour ne toujours pas te mentir, heureux lecteur, je ne regrette rien, non, rien de rien (à chaque fois que je dis ça, je me revois ivre morte avec une copine en train de gueuler cette chanson en sortant d'une soirée étudiante)(que pouvais-t-on regretter à ce moment-là ? La prétention de l'homme soûl me fera toujours bidonner). J'ai lu un tas de trucs, de la bible des recettes pour scénaristes (John Truby, tu me rappelles cette formation en "développement personnel" que nous avait une fois infligée un boss illuminé)(depuis qu'il avait lui-même suivi ce stage, il avait quitté sa femme et il passait ses soirées dans des clubs de salsa et des soirées échangistes tout en se prenant pour Bill Gates)("I'm living the dream !!!"). Mais j'ai appris ce que c'était qu'un arc narratif et j'ai compris aussi l'angle des critiques littéraires et ciné des revues américaines. Et j'aime bien comprendre. Etre d'accord ou pas, ou avoir raison, ça m'emmerde prodigieusement.
J'ai lu aussi 'Ecritures' de Stephen King. Je l'aime bien Stephen. Je ne lirai jamais ses livres parce que l'horreur me fait trop peur (je sais, c'est fou). Mais je l'aime bien. Il parle joliment de sa femme (c'est son secret, elle et sa maman qui lui a donné un sou le jour où il a fini sa première nouvelle)(America !). Et il n'écrit pas un livre de recettes. Il a compris, lui, pourquoi et comment il écrivait.
Bon, et oui, 'Lettre à un jeune poète' de Rilke et 'Ecrire' de Duras et tout un tas d'encouragements de gens très chouettes. Je t'épargne, lecteur. No secret at all. Mais toujours des belles pages, ça fait toujours du bien de discuter de mes problèmes avec des gens très chouettes.
Je sais que j'ai énorme appris ces trois dernières années et je m'en rends compte quand je lis, c'est encore mieux qu'avant.

Et puis, j'ai compris que publiée ou pas, je ne lâcherai jamais l'affaire. Que ça pique un peu mais que ce n'est pas le plus important d'être reconnue. Il y a quelque chose d'autre. Mais je ne sais pas encore quoi. J'aimerai juste, un jour, me dire : "voilà, c'est ça que j'aime écrire, c'est comme ça que je veux écrire". Fuck les recettes.
Comme j'ai toujours appris facilement, et souvent des choses qui ne m'importaient pas, je découvre pour la première fois la difficulté d'apprendre. Je repense à mes élèves que je n'ai eu que pendant six semaines, car comment leur apprendre ce que je ne savais pas ? Surmonter l'angoisse de ne pas savoir, chercher sans savoir ce qu'on cherche. Ils se demandaient toujours à quoi pouvait bien leur servir ce qu'on leur apprenait. Mais comment savoir à quoi ça sert d'écrire quand on ne sait pas écrire ? Apprendre, c'est terrifiant, parce qu'on ne sait pas ce qu'on apprend.
Et puis zut. Il y a toujours eu ces moments dans ma vie où le coeur et la tête explose de joie, parce que "ça y est, j'ai compris !", ça fait comme une défonce d'oxygène, tout devient plus grand, moi y compris. ça, pour moi, c'est l'expérience qui se rapproche le plus du bonheur (pour ce que j'en ai compris) et ça marche dans tous les domaines de la vie.

Force est de constater que j'écris pour savoir pourquoi j'écris.






vendredi 13 décembre 2013

ça sent le sapin

Et Quelquefois j’ai comme une grande idée est un gros livre.


 Et c’est tant mieux parce que je n’ai aucune envie de le terminer. Quand j’étais petite et qu’on nous payait une viennoiserie, je prenais toujours un chausson aux pommes que je dégustais à micro-bouchées pour qu’il dure le plus longtemps possible parce que je savais qu’on ne retournerait pas de sitôt à la boulangerie. Et Quelquefois…, c’est pareil. Je voudrais que le temps suspende le vol des oies parce qu’on est trop bien à se rouler dans ces pages où résonnent les flots ravageurs de la Wakonda-Auga et les vociférations de Henry Stamper, dans ces pages qui s’égarent au gré de l’enfance perdue de Leland (FAIS GAFFE !), dans les forêts humides de l’Oregon et dans les esprits de Jenny l’Indienne, ces pages qui, avec l’indestructible ( ?) force virile de Hank Stamper avancent inexorablement vers… (je ne veux pas le finir !), ces pages qui s’octroient mille détours indispensables dans les sous-bois de chaque personnages, qui décrivent la naissance de cette absurde obsession qu’est l’amour, l’histoire d’une famille de bûcherons qui à l’image d’un pays se déploie avec fracas, déchirements, violences et quelques tendres rires (bisous Joe Ben). Dans ces pages grondent aussi les machines économiques qui, quelques soient leurs promesses, continueront sans cesse à rouler des espoirs fébriles du jeune stagiaire aux frustrations gastriques d’un ponte syndical jusqu’à l’écho des bouteilles sans cesse vides du coupeur de billots (mais de quoi ont-ils tous si peur ?), ces pages qui vous malaxent le cœur sans égards parce qu’elle est belle mais ô combien fratricide la lutte des Stamper pour survivre à la plastification Dupont de Nemours. Je ne sais pas où va ce bouquin, et pour tout vous dire, ça m’est bien égal, je me balade, je m’arrête partout, je m’empiffre de pommes caramélisées, je me soûle au Snag, je chasse l’ours, j’écime des sapins et j’espionne les habitants de Wakonda. Mais j’entends la rivière monter et je sais bien que je n’échapperai pas à la fin.

Kesey, c’est comme Exley, c’est des shoots inoubliables.


 Vous êtes un redoutable dealer littéraire, Monsieur Toussaint Louverture, je vous supplie de ne jamais vous arrêter. J’ose pas imaginer l’émotion à l’issue de la traduction et de l’édition de Et Quelquefois j’ai comme une grande idée parce que c’est un travail énorme, c’est somptueux, c’est une cathédrale. Après ça, vous pouvez mourir tranquille.

Merci infiniment.

samedi 14 septembre 2013

Braquage et suicide (je me lance dans une série de titres glam')(demain : guerre et solitude)

Revenons à la littérature, ça ira tout de suite mieux. Aujourd'hui, ce sera Roberto Arlt, je suis quasiment sûre de vous en avoir déjà parlé mais je n'irai pas vérifier, la vie est trop courte et je ne voudrai pas manquer l'apéro.

Roberto est un type qui était probablement insupportable au quotidien (on retrouve là la marque des grands auteurs)(c'est pourquoi cette année je vais travailler mon côté odieux)(tas d'ordures). Il raconte des histoires d'aliénés, d'humiliés, de grands rêveurs, de flamboyants marginaux, ce qui est toujours un bon moyen de péter l'ambiance régnante. Evidemment, ici au blog, on aime (je dirige un blog)(absolument).

Et puis, surtout, il me donne bonne conscience avant le prochain post qui va probablement me faire perdre tout le peu de considération qu'il me reste en ce bas monde, je vous parlerai d'un académicien gaulliste et je n'aurai plus la moindre crédibilité, je serai la lie des blogs, une sous merde connectée, un rat du réseau, un bubon littéraire, etc., etc.

Mais revenons à notre Roberto, son premier roman "Le jouet enragé" dans la très jolie édition Cent Pages qui m'a donné bien du plaisir, je ne vous le cache pas, cet été, dans les parcs montréalais (où je souhaite me réincarner en écureuil)(ils sont des milliers avec leur gueule d'adorables clochards arrogants)(ça m'a l'air plus cool que coyote)(mais avec l'âge, je perds en courage et en fierté et en sauvagerie, c'est vrai)(je compenserai en devenant aigrie et putassière, c'est promis)(tas d'ordures).

Il raconte des gamins qui veulent devenir des caïds, des super-héros de la pègre et qui finiront par se faire baiser par des patrons qui puent le pipi. Ils vont donc s'enfoncer dans l'humiliation, être torturés par des sursauts d'espoir, giflés par les grands rêves déçus, bref, tout ce que j'aime. En outre, bien sûr, Roberto me fait bidonner car Roberto le sait, il faut rire tant qu'on tombe de peur de s'être écrasé sans avoir ri.

"Alors je rêvais d'être un bandit et d'étrangler des corrégidors libidineux; je redresserais les torts, protégerais les veuves et serais aimé de singulières demoiselles. Pour ces aventures de la prime jeunesse, il me fallait un compagnon, et ce fut Enrique Irzubeta. C'était un vaurien que j'entendis toujours coiffer du sobriquet édifiant de "Falsificateur". Voilà comment s'établit une réputation, et comment le prestige seconde le débutant dans le très louable art de berner le profane. (...) Mais les dieux ont le coeur madré, et je ne suis pas surpris, en rédigeant mes mémoires, d'apprendre qu'Enrique est logé dans un de ces hôtels que l'Etat met à la disposition des audacieux et des coquins". Tout est dit, non ?

Alors, oui, pardon, corrégidor = genre de shérif de l'ancienne Espagne et madré = qui se donne des airs cools mais qui en vrai est une grosse pute (bisous les dieux)(tas d'ordures).

Il fait des portraits édifiants (j'adore ce mot, merci Roberto) en une seule phrase qui provoque des tonnerres d'applaudissement mentaux (chez moi en tout cas...) : "Le lieu de nos retrouvailles était toujours l'arrière-boutique d'un plombier, un gros Cacaseno benêt à figure lunaire, d'âge avancé, à la panse et aux cornes abondantes, car on savait qu'il tolérait avec une patience franciscaine les infidélités de son épouse. Lorsqu'on l'amenait à reconnaître indirectement sa situation, il répliquait avec une mansuétude pascale que son épouse était malade des nerfs, et face à un  argument d'une telle solidité scientifique, seul le silence était de mise."

Et quand ils cambriolent une bibliothèque (oui, oui, une bibliothèque !) : "Jubilant d'étouffer le péril par nos gifles de bravoure, nous aurions aimé l'accompagner avec la clarté d'une fanfare et la joie tapageuse d'un tambourin, réveiller les hommes pour montrer quelle allégresse grandit nos âmes quand nous brisons la loi et entrons en souriant dans le péché." (que voulez-vous ? Rien que de relire ça, je trouve enfin un peu de consolation à l'idée que lundi, il faudra que je retourne à la Défense pour caqueter dans les open space en attendant la fin)(je peux fermer les yeux et dévaliser une bibliothèque quand je veux)(bien sûr que je me plains à nouveau, je ne suis pas un robot à sang bleu, moi ! -bisou, le dernier pub avant la fin du monde-)

Roberto, il m'a aussi appris des mots cools, par exemple des yeux "chassieux", pour dire des yeux qui suintent du blanc dégoûtant dans les coins, cool !

Il y a aussi la description de don Gaetano, c'est deux pages, je ne vais pas vous les recopier (je voudrais pas faire déborder vos yeux chassieux)(tas d'ordures), mais promis, c'est que du bonheur, c'est vraiment un chic type, ce Gaetano, pas du genre à se faire avoir par un marchand de moules.

Et puis, évidemment ça rigole moins, mais ça, ça me laisse bouche bée : "... et cette gigantesque démonstration de pouvoir et de richesse, de marchandises entassées et de bêtes trépignantes suspendues en l'air me saisissait d'angoisse. Et je parvins à l'inévitable conclusion. C'est inutile, je dois me tuer. Je l'avais vaguement prévu. Déjà en d'autres circonstances, la théâtralité des deuils qui accompagnent le catafalque d'un suicidé m'avait séduit par son prestige. J'enviais les cadavres sur lesquels sanglotaient de belles femmes, et à les voir penchées au-dessus des cercueils, ma masculinité se trouvait douloureusement exaltée." (catafalque, c'est l'estrade du cercueil, the death stage en somme).

Sérieux, vous aviez déjà lu un truc pareil ???

(pas d'image aujourd'hui, vous êtes punis)(tas d'ordures)

mercredi 10 juillet 2013

Le génie du viol

Et pour finir sur les causes politiques que j’ai attrapées en Champagne (c’est un peu comme des escarres)(et faut pas m’en vouloir de pas aimer avoir de causes, j’ai rien contre ceux qui en ont, mais ça me va pas)(c’est comme les slim). Pour en finir donc avec les causes qui m’ont pas mal turlupinées, voyons cet autre bouzin concernant les hommes et les femmes : c’est qui qui est le meilleur et c’est qui qui descend les poubelles.
Bon, pareil, le binaire, ça va pas aider. Moi, tout ce que je peux dire, c’est que les garçons devraient arrêter d’avoir si peur de la sodomie (franchement ça fait pas si mal que ça) et que les filles, elles devraient mettre plus de gnons dans les films (franchement c’est cool).
J’adore me faire passer pour une bisexuelle défoncée aux stéroïdes. C’est rassurant pour ma famille et puis je me fais plein de nouveaux amis.


Non mais en vrai, je vais pas faire de gender studies aujourd’hui. J’ai matériellement pas le temps.

Je voulais juste m’adresser aux violeurs.
(Vous êtes une cible marketing sous estimée)(et j’ai besoin d’augmenter le nombre de mes lecteurs)(1 femme sur 5 dans le monde subit au moins un viol ou tentative de viol dans sa vie)(vous avez forcément dû vous y mettre à plusieurs pour obtenir un score pareil)(et d’après mes calculs, même en admettant que certains d’entre vous soient particulièrement productifs, vous êtes tout de même drôlement plus nombreux que mes amis)


Violeurs, ne vous inquiétez pas : bien que n’ayant jamais violé moi-même (je n’ai sans doute pas su créer les occasions), j’ai une grande facilité à parler de ce que je ne connais pas.
En fait, j’ai entendu l’un des vôtres récemment et c’était très instructif car il expliquait à sa victime : « ça n’aurait pas dû te détruire comme ça, tu comprends ? C’est ma violence, ça ne t’appartient pas ».

Et j’ai réalisé un truc :

Violeurs, vous êtes formidables.


Même Poutine, il a pas essayé et pourtant, y’a des fois où ça aurait été rudement pratique pour lui de ne pas être le problème des autres. Franchement, violeurs, on devrait vous écouter plus souvent. Personnellement, je ne le regrette vraiment pas : je pense que vous avez le potentiel pour résoudre une bonne part des problèmes de l’humanité (dans la mesure où ça n’est pas leur problème si je vous ai bien suivi)


C’est vrai : moi, depuis que je sais que ce n’est plus le problème des autres, je m’en fais plus.
(je viens de pisser sur le clavier de ma collègue)(je lui ai expliqué que ça ne lui appartenait pas)

samedi 6 juillet 2013

Bollywood Springbreaker

J’ai remarqué en relisant quelques post (je me relis de temps en temps, ça m’aide à rester humble) que quand j’étais en Champagne, j’avais des velléités politiques, j’ai même failli défendre des causes. On notera à ma décharge que l’isolement et la campagne présidentielle constituent des circonstances atténuantes. Quand je ne vois personne, j’ai envie de changer le monde alors que quand je vois du monde, je n’ai plus envie de changer personne (c’est un point sur lequel on a toujours différé, Mouammar et moi).

Néanmoins, quelque chose me turlupine. 

Y’a quelque chose qui me turlupine, j’suis pas Monroe c’est pas James Dean, C’est vrai qu'c’est pas vraiment un choix, Mouammar Khadaf’et moi »)(Delerm, sors de mon corps, veux-tu ?)



Je disais donc : quelque chose me turlupine.

Quand on parle politique, c'est compliqué, on a toujours l'impression qu'il faut choisir son parti avant d'avoir réfléchi. C'est embêtant parce que ça parle beaucoup de comment vivre avec les autres, qui ont l'impudence de pas être pareils, et on a souvent l'impression qu'il faut être soit pour soit contre (comme si on avait le choix). Avec une telle alternative, c’est difficile de ne pas se sentir un peu con quoi qu’on en dise (la connerie, c’est un genre d’impasse dans laquelle il faut boire beaucoup de vin blanc pour avoir une excuse valable pour pas en sortir). Ce binarisme, c’est la mort de la conversation et la mort de la conversation, c’est l’extinction du bidonnage et l’extinction du bidonnage, c’est l’heure d’aller se coucher.

Cette semaine, j’ai pas mal causé de tout ça avec Henri Michaux qui me racontait ses vacances en Inde. ça m'a rappelé mon année en Chine où des fois j'y comprenais rien et où des fois ils m'énervaient tous, là, à être pas pareils et à faire caca la porte ouverte. Henri, il a pas mal réfléchi à tout ça. Bon, moi, je lui ai pas caché ma fascination pour le peuple indien : cette capacité à s’auto-recycler en permanence, c’est vachement puissant. Ils meurent, on les brûle, on les jette dans le Gange et paf, ils se réincarnent. Je suis sûre qu’ils s’auto-recyclent tellement qu’ils font jamais caca (eux). En deux heures de méditation, ils arrivent à transformer leur Tandoori directement en poils de barbe (oui j’ai le mojo un peu scato ces derniers temps)(mais Mao aussi l’était)
(c’est vraiment une cool excuse : « Trevor, arrête tu veux, tu es ridicule, et vulgaire en plus. – C’est bon, lâche-moi, Mao aussi l’était. » / « Mouammar, arrête de nier. Je le sais : tu étais chez la voisine cet après-midi. – Mao aussi y était. »)
Henri n’a pas relevé mon propos (mais j’ai l’habitude : il parle, il parle, il parle mais il écoute jamais rien)(ça va qu’il me fait bidonner) :

Alors déjà, faut savoir que si t'es une veuve ou un chien, t'évites l'Inde : ça se passera forcément pas bien.

Ensuite, il commente le style épique du Mahabarata (c'est un grand poème de mythologie hindoue, un genre de L'Iliade et L'Odyssée)(oui, il s'est pas contenté de goûter leur cuisine) :
"Le ton épique d'ailleurs, comme le ton érotique,a quelque chose de naturellement faux, artificiel et volontaire, et semble fait pour la ligne droite.
Quand vous avez comparé un soldat courageux à un tigre au milieu des lapins, et à un troupeau d'éléphants devant un jeune bambou, et à un ouragan emportant des vaisseaux, vous pouvez encore continuer dix heures de la sorte avant que vous nous fassiez lever la tête de nouveau. On a tout de suite atteint le sommet et on continue en ligne droite.
De même pour les ouvrages érotiques, après deux ou trois viols, quelques flagellations et actes contre nature, on ne s'étonne plus, on continue à lire en somnolant.
C'est que l'on n'est naturellement ni épique ni érotique."

Là, c'est sur le binarisme, j'ai kiffé :
"L'Occidental sent, comprend, divise spontanément par deux, moins souvent par trois, et subsidiairement par quatre. L'Hindou plutôt par cinq ou six, ou dix ou douze, ou trente-deux ou même soixante-quatre. Il est extrêmement abondant. Jamais il n'envisage une situation ou un sujet en trois ou quatre subdivisions." Et il précise "inutile de dire que notre division par 2 ou 3 ne correspond pas davantage à une réalité". On n'est pas soit chaud, soit froid. Mais on ne peut pas s'empêcher de commencer à penser comme ça. "L'Indien voit d'avance tout. Et quand il ne possède pas les 34 éléments pour diviser une question, il inventera les 10 ou 15 qui lui manquent. Comme un Européen qui ne sachant rien d'une affaire, commence tout de même par la diviser par 3."
J'ai adoré ce passage parce que depuis, quand on me pose une question, ou qu'on me demande mon avis, j'essaye de ne plus être binaire. "ça va ? - Au réveil : comme la rosée sur le point de s'évaporer, sous la douche : comme un hipocampe, j'ai bu un café comme un oeuf dans un calzone, j'ai fait caca comme un fou comme un roi, puis je sorti pour affronter le tsunami de la vie. Et toi ?"

Ensuite, il donne un exemple de réfléxion à l'indienne qui m'a bien fait bidonner à cause de la conclusion :
"(...) Du contact vient la sensation. De la sensation vient la soif. De la soif vient l'attachement. De l'attachement vient l'existence. De l'existence vient la naissance. De la naissance viennent la vieillesse, la mort, le chagrin, les lamentations, la souffrance, l'abattement, le désespoir." (perso, je suis en train de passer du stade 2 ou stade 3, mais j'ai du mal parce que la soif, c'est cool)('façon, je prends mon temps, je suis pas spécialement pressée d'arriver au bout)


Ah ! L'éléphant, j'avais commencé à vous en parler : visiblement, Henri Michaux a été très très déçu par l'éléphant : "Naturellement, un éléphant on ne peut jamais s'y fier. Un pétard le met en fuite. Il est calme. Mais il n'a aucun sang-froid. Au fond, c'est un fébrile. Quand ça ne va plus, il s'affole et alors, il faut au moins un immeuble pour le retenir. Même quand il est simplement en rut, il s'affole. (...). De plus, vindicatif comme un faible. Il vaut mieux ne pas parler de son regard. Tout homme qui aime les animaux est déçu par son regard. " (si c'est pas l'insulte qui tue, ça)(du coup, j'ai pas osé dire à Henri que je me sentais quand même assez proche de son éléphant...)

Après il se fout de la gueule des armées indiennes et il dit : "Il ne faut pas nier la valeur de la magie. Néanmoins, elle donne des résultats insuffisants."


Dans le top 5 des notes de bas de page les plus cools du monde : "Le sperme met l'Hindou dans un état de jubilation mystique. Il en voit ses déesses couvertes." ça m'a rappelé que c'est dans une note de bas de page que j'ai appris que catin et catholique avait la même éthymologie. J'en conclue que c'est dans les notes de bas de page que sexe et religion se réconcilient (la note de bas de page est-elle la back-room de la littérature ?).

Et en parlant de religion, les Indiens aussi (aussi parce que y'a le vaudou, souvenez-vous) ils ont plein de dieux qui font n'importe quoi, plutôt qu'un seul qui est tellement parfait qu'il fait jamais rien. Je suis sûre que ça aide à pouvoir envisager la complexité de la vie sans faire d'AVC. Il raconte notamment une cool histoire de coucherie où Shiva, il se fait surprendre par 2 autres dieux en train de ramoner quelqu'un qu'il devrait pas. Mais il s'en bats les couille, il continue jusqu'au bout et après, il se lève, il se touche le zgueg (ou "sa nature" selon l'époque) en disant "celui qui l'adorera, c'est moi qu'il adorera".

 C'est vraiment une cool religion.

Après, il parle des castes, mais vous avez qu'à le lire. Après il parle aussi des prescriptions, que les Indiens, ils kiffent qu'on leur prescrive des milliards de trucs (y'a qu'à voir le Kama Sutra). Et là, il est un peu déçu, Henri et on le comprend. Il espérait qu'on allait lui donner tout un tas de prescriptions qui allaient enfin résoudre tous ces problèmes. Et tout ce qu'on lui a dit c'est de pisser en ne respirant qu'avec la narine gauche et de se mettre l'auriculaire dans l'oreille après le coucher du soleil. Pô évident.

Après, il démonte un type qu'il a rencontré et là encore, on se dit qu'il vaut mieux être dans ses petits papiers, le Michaux, parce que quand il te démonte, il a trop pas de pitié : "Il était au dessus de la misère humaine, inacessible plus qu'indifférent, avec une bonté presqu'invisible, et aussi peut-être un air légèrement peiné comme ces personnes atteintes de gigantisme, ou qui possèdent plus de talent que de personnalité."

Après (je vous ai dis qu'il était über-bavard) il se fout de la gueule des religieux qui lèvent les bras au ciel mais jamais les uns vers les autres et il enchaîne : "Tout le monde connaît ces poètes qui vous entassent pendant des années, des milliers de vers qui ont tous la larme à l'oeil. Bon, mais essayez de leur emprunter cent sous, essayez pour voir. La "faculté poétique" et la "faculté religieuse" se ressemble plus qu'on ne le pense.



(La littérature, c'est sans pitié que je la préfère).

Et sur Gandhi qui a dit à un moment que les Anglais pouvaient rester à condition qu'ils arrêtent de tuer des boeufs : "Moi, cela m'a ému extrêmement. Pour penser que des Anglais pourraient se priver de beef au profit d'un étranger, il faut vraiment être un homme qui croit à l'esprit de conciliation."

Mesdames et messieurs, c'était "Un Barbare en Asie" de Henri Michaux.
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